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Peinture-Laetitia Lor

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About Her

  • Signe artrologique : voyageuse

    Lorsque la fée peinture se penche sur son berceau, elle décide que la curiosité et le sens de l'observation présideront à la destinée de Laetitia.

    Son regard, ou plutôt ses regards, seront donc tournés vers l'éternel ailleurs. Mais pas n'importe quel ailleurs : celui des matières et des couleurs.

    Après une enfance passée aux quatre coins du globe, entre ombres et lumières, douceurs et langueurs, elle s'oriente tout naturellement vers des études d'Art Plastiques et d'Histoire de l'Art. Dès l'obtention de son diplôme, en 1999, elle poursuit sa quête des lumières sur les traces de différents peintres et photographes dont elle recueille précieusement les poussières d'Art, les poussières d'Anges.

    Arrive enfin le temps de l'Acte, celui par lequel elle couchera, comme par magie, cette poussière sublime sur la toile.

    Abstraite, féconde et atmosphérique, sa peinture imagine une vie étrange et bigarrée.

    A l'image de l'Océan Indien où s’exercent ses muses depuis sept années, entre les Turquoises salées et les Jaunes ensoleillés, les Verts immaculés et les Ocres dorés.

    Laetitia Lor est actuellement exposée en Afrique du Sud, France, Australie, Etats-Unis. Elle promène ses humeurs et ses yeux entre l'Ile de la Réunion et l'Ile Maurice.
    - Philipe Bonhome. - Ecrivain.

  • Comme si l’on pressait sur un tube de peinture. La pâte paraît doucement par saccades. Mais elle est dense. Dans une maison fraîche du vieux Quatre-Bornes, Laetitia Lor circule au milieu de ses toiles, la démarche à la fois débonnaire et délicate. Ses mains portent la virilité de la sueur manuelle. Sa parole avance doucement, hésite quelquefois, dit tout à la fois : la délicatesse de vivre, la force des sentiments, la peur indicible que tout s’arrête. Elle est nomade, en partance pour la passion. Laetitia lor expose à la galerie moulin-cassé à péreybère jusqu’au lundi 1er octobre.

    Quand vous peignez, vous touchez “à vos états les plus profonds”. A quoi ressemblent ces moments ?

    Mon univers est fait de matière. Mais décrire mes états les plus profonds m’est vraiment difficile. C’est peut-être pour cela que j’utilise un pinceau pour le dire ; parce que je ne sais pas le dire en paroles. Je ne me sens pas avoir le recul nécessaire pour vous parler de mon univers personnel.


    Pourquoi du recul ? Vous pouvez aussi en parler de manière subjective…

    Oui je sais... Mais j’ai du mal à le nommer, j’ai du mal à me définir. C’est un monde de sensations d’émotions, un monde très intérieur qui vient du plus profond de moi pour déborder sur une toile. Il est en même temps le ressort de ma création. Mon imaginaire est fait de couleurs, de matières…

    En regardant les toiles qui sont autour de nous, on voit nettement une couleur dominante…

    Cette teinte que vous voyez, cette série or est, en nombre, très conséquente. Je crois qu’il y a 90 toiles qui la composent. J’ai certainement été influencée par la lumière du lieu où je travaillais. C’était à Cape Town en Afrique du Sud. C’était mon premier voyage en terre africaine et j’ai été frappée par cette lumière vraiment particulière. Sur un mur blanc quand vous regardez la lumière du soleil, elle est jaune. C’est une lumière pure qui m’a orientée dans le choix de mes couleurs. Je ne réfléchis pas vraiment à ce genre de choses. Le choix se fait tout seul. Quand je commence avec une couleur, je vais jusqu’au bout de mon travail, de ma recherche, j’épuise complètement mon inspiration. Et quand c’est arrivé, je le sais, je le sens. Plus rien ne vient. Succèdent à ses moments des périodes où je ne peins plus. C’est comme la page blanche de l’écrivain. Et puis, je reviens bien plus tard avec une autre couleur et j’en fais une série. Je reste dans une même ambiance.

    Chaque série dit une parole particulière ?

    Oui c’est exactement cela. La série or par exemple parle en priorité de mes émotions. Mais ça c’est avec le recul que je le sais. Car cette série je l’ai faite il y a quelque temps déjà.

    C’est donc après avoir peint que vous comprenez ce que vous avez peint…

    Oui, c’est comme ça. Quand je peins, c’est de l’automatisme. Cela sort tout seul et une fois que j’ai terminé mes tableaux, je vais noter tout ce qui s’est passé pendant que je peignais; tous les gens qui sont passés, les images qui me sont venues, à quoi j’ai pensé. Je note aussi l’ambiance générale, s’il y avait du vent, s’il faisait chaud, s’il faisait beau. Après, je reviens sur mes notes et j’en fais une synthèse. C’est comme ça que je sais ce que j’ai peint.

    Savoir la nature du souffle qui pousse un artiste à créer vous tente ?

    Je ne sais rien.

    C’est percer inutilement un mystère ?

    Non. J’essaie de comprendre ce que je fais. Mais essayer de savoir, c’est je pense impossible. Je me suis posé la question. Dans ce que l’on crée, il y a une partie consciente et une autre inconsciente. Savoir d’où ça vient… Je relie ces choses à l’émotion.

    Il faut vivre des expériences pour créer, les choses ne naissent pas du vide ?

    Très certainement. Il y a des choses dans mes tableaux qui peuvent être comme des lieux que l’on reconnaît. Des lieux où j’ai pu passer. C’est peut-être cela qui ressort. Ce qui est étrange, c’est que quelquefois, cela correspond à des endroits où je ne suis jamais allée.

    Vous semblez rencontrer des lieux comme vous rencontrez des gens… C’est une impression ?

    Oui, énormément. J’ai ce besoin depuis mon jeune âge. Une envie de voir. Sans doute cela vient-il de mes parents. J’aime découvrir des lieux. C’est un moment de grande contemplation pour moi. Les lieux m’impressionnent et me donnent une source d’inspiration constante. Si je reste trop longtemps dans un même lieu, dans un même espace, je ne peux plus peindre. J’ai l’impression de me refermer. J’ai un immense besoin d’images: la nature, les images des magazines, sur l’ordinateur.

    Etes-vous plus attirée par les formes ou par la couleur ?

    Ma peinture est d’abord une peinture de matières. Avant tout. Plus important que tout. Mon travail est un mélange du travail d’un maçon et celui d’un joaillier. Je commence d’abord à travailler le plâtre, travailler comme un ouvrier, comme un manuel et je vais finir avec des choses très très précises. Ce qui va m’intéresser, c’est le détail d’une couleur, la petite partie brillante de la toile qui va ressortir. Ce qui me passionne, c’est d’aller chercher de nouvelles matières et de les mélanger. Obtenir de nouvelles couleurs qui vont exploser l’une dans l’autre…

    L’alchimie des matières ?

    Alchimie est le mot exact. Je me retrouve dans l’alchimie ; je retrouve mon évolution personnelle.

    A partir de quel moment entrez-vous dans vos tableaux?

    A partir du moment où paraissent tous ces brillants que vous voyez…C’est là que je rentre dans ma toile. J’utilise de la résine notamment. Ce sont des produits qui sentent très mauvais et qui vous mettent dans un état particulier. Second. A partir de cet instant, je suis dans ma toile…

    C’est une peinture dangereuse !

    Il semblerait que oui. Je tends à travailler bientôt avec des produits plus naturels, moins nocifs. Ce sera pour bientôt. Cela correspond à mon état personnel où je reviens plus vers des choses naturelles. Epurées. Mais je m’exprime aussi à travers la musique électronique. Je commence à écrire de la musique. Je joue des platines. Je mélange deux morceaux et j’en fais naître un troisième.

    Comment êtes-vous arrivée à reconnaître votre chemin dans la peinture ?

    A première vue, je ne me suis pas posé la question dans la mesure où j’ai commencé à peindre très jeune. Je le faisais naturellement, sans y penser. A l’école, mon travail a été distingué. On me disait que j’avais un don, moi, je ne le sentais pas encore. Et puis, quand j’ai commencé à faire autre chose, je me suis rendue compte que je ne pouvais pas arrêter de peindre. C’était un plaisir, un exutoire. Je peignais la nuit.

    Un exutoire pour sortir de quoi ?

    Pour extérioriser mon mal ou mon trop-plein d’émotions.

    Le trop-plein d’émotions est un mal ?

    Oui ça peut l’être. Je suis quelqu’un de sensible et c’est pas toujours facile à vivre dans le monde d’aujourd’hui. Il faut essayer de prendre les choses moins personnellement et essayer d’arriver à ne pas être trop intégralement bouleversée par des choses qui se passent autour de vous. Essayer de prendre un peu de distance. On peut essayer de modifier sa perception du monde extérieur. C’est en tout cas ce que j’essaie…

    Qu’est-ce qui vous bouleverse ?

    (Silence) Tellement de choses…La maladie, parce que j’ai eu pas mal de choses… La mort aussi. La perte de gens proches. Les enfants qui souffrent, qui n’ont pas à manger. Je sais, ce n’est pas très original, mais c’est comme ça.

    Vous avez vécu en Afrique, en France, à la Réunion : avez-vous trouvé ici quelque chose qui soit différent de vos ailleurs ?

    Oui, c’est extrêmement différent de tous les endroits où j’ai pu vivre. J’ai beaucoup à apprendre ici. Notamment la faculté des gens à vivre simplement. Et qui paraissent heureux. En tout cas pas malheureux. J’aspire à arriver à cet état. En France, on voit des gens malheureux alors qu’ils ont tant de choses. Ici, il y a une joie de vivre.

    La vie que vous avez était celle que vous aviez prévue ?

    Je ne sais pas. J’ai comme l’impression quelquefois que tout est écrit. Non pas que je n’ai aucun contrôle sur ma vie, mais je sais quand même que certaines choses arrivent sans calcul et pour rien. Cela arrive parce que cela doit arriver. Je ne suis pas fataliste non plus. Mais j’apprends simplement à “positiver” tout ce qui arrive

    Que voulez-vous dire quand vous écrivez que votre peinture, c’est “la théorie surréaliste de l’automatisme, c’est une relation entre le physique et le psychisme”. Sans la peinture il n’y aurait pas d’unité en vous ?

    Je n’y avais jamais pensé sous cet angle, mais peut-être que oui…C’est vraiment un état émotionnel, une émotion qui va ressortir par mon bras et mes mains, un état qui devient donc corporel. C’est vraiment un lien très fort. Ma peinture est physique et corporelle. Je peins dans des positions qui ne sont pas confortables physiquement. Mais je le fais sans calculer. C’est pour cela que je n’ai jamais vraiment eu d’atelier. J’ai des projets en France ou en Afrique du Sud, j’y vais, je peins où je peux, c’est improvisé. J’ai du plaisir à travailler n’importe où…

    Nomade dans l’âme ?

    Je crains que oui. J’en ai peur.

    Vous vous faites peur vous-même ?

    Un peu. Parce que, être nomade implique une sorte de mouvement perpétuel, constant. En tout cas, ce sera comme ça tant que mon univers de vie sera dans la peinture professionnelle. C’est un grand luxe d’être nomade. Mes parents se sentent responsables de mes envies d’ailleurs. Ils m’ont beaucoup fait voyager quand j’étais petite.

    Etre nomade, c’est renoncer aussi…

    Oui. Mais j’aime la nouveauté. La peur de l’ennui, de la monotonie. Et puis j’aime l’intensité. Comme si je réalisais que j’avais conscience que la vie était courte…Cela doit faire partie de mes traumatismes.

    Cela fait de vous un être en urgence ?

    J’ai peur que tout passe trop vite. J’ai peur de regretter. Je fuis la monotonie. Je recherche l’intensité.

    Si l’intensité est dans la découverte de la nouveauté, cela veut dire que la passion ne s’exprime que dans la découverte…

    Il ne faudrait pas, mais c’est comme ça.

    Cela fait des vies dangereuses ?

    Oui, certainement. C’est ça qui est bien… (Rires) Oui, certainement dangereuses, en tout cas compliquées. En même temps, je ne sais pas si ma vie est plus compliquée que celle d’un autre…Cela fait des vies mouvementées, c’est sûr…

    Comme votre peinture ?

    Dans un certain sens, oui. Il y a le mouvement.

    Vous avez une œuvre très prolifique. Toujours cette urgence à cause du temps qui passe ?

    Disons que, quand je commence à peindre, je vais jusqu’au bout. Il faut que j’épuise totalement mon inspiration. Et puis, plus on peint plus on progresse et plus on trouve de nouvelles choses. Il faut continuer à creuser jusqu’au bout. C’est quelquefois épuisant. Mais c’est comme ça. Je peux imaginer d’arrêter de peindre tous les jours. Mais pas d’arrêter complètement de peindre. Je ne peux même pas l’imaginer. Mais je suis aussi dans le monde des affaires, c’est une autre dynamique. Le monde artistique, à la longue, peut rendre asocial. Coupé du monde. Et j’ai envie quelquefois de retourner dans le monde. Mais je sais aussi que quand je peins je n’ai pas ce désir d’aller vers les autres. La peinture isole. Il faut sortir, aller voir, pour prendre des choses et revenir travailler. Mais je mets cela sur le compte de ces produits que j’utilise et qui cassent un peu mon cerveau.

    Votre biographe parle de votre vie comme d’une “vie étrange” Cela veut dire quoi ?

    Mon cheminement est particulier pour une Française. Mon biographe est écrivain et il travaille aussi dans une entreprise de communication. Et je crois qu’il est un peu surpris de voir que moi, je me donne entièrement à l’art ; ce qu’il aurait peut-être voulu faire lui aussi. C’est peut-être pour cela qu’il qualifie ma vie d’étrange.

    «J’ai appris à Maurice ce que c’était que de vivre pleinement le moment présent et de se contenter de ce qu’on a. Je sais pourquoi je suis venue à Maurice. J’y ressens des choses extrêmement fortes.»

    Le regard des autres vous touche ?

    Il me touchait beaucoup trop. Il me touche moins. J’y travaille. Malheureusement, le regard des autres me touche toujours.

    D’être perméable rend difficile la vie ?

    Oui. J’ai l’impression de devenir malléable, de ne plus avoir d’assurance. J’aimerais être un peu plus forte. Mais la grande difficulté, c’est d’être un artiste sans être perméable. C’est quasiment impossible. J’en ai discuté avec d’autres artistes. Ce n’est pas confortable, cela me fatigue d’être sensible à ce que les autres pensent de moi . J’essaie de faire un peu de méditation, je lis énormément pour apprendre des autres, pour évoluer et me sentir plus libre. Il faut faire ce qu’on a à faire. La méditation m’apprend à arrêter mon cerveau.

    Il va trop vite quelquefois ?

    Oui. Trop, tout court. Et puis, surtout ça a tendance à tourner en boucle. C’est presque comme des obsessions qui ne veulent rien dire. Je trouve que je perds trop de temps à me poser des questions qui ne servent à rien. Il vaut mieux vivre tout simplement. C’est pour ça que le métier d’artiste est dangereux. On a trop de temps à passer avec soi-même. Et c’est peut-être moins enrichissant que de rencontrer d’autres personnes et de partager des expériences. Les artistes ne sont pas sûrs d’eux, ils doutent. Parce que leur univers est autosuffisant en quelque sorte. Pour créer, il faut douter, mais pour aller montrer ce que l’on fait, ça il faut vraiment une grande dose d’assurance. Je souffre d’un manque de confiance en moi chronique. J’ai pris de longues années avant de me décider d’aller voir une galerie.

    «J’ai beaucoup à apprendre ici. Notamment la faculté des gens à vivre simplement. Et qui paraissent heureux. En tout cas pas malheureux. J’aspire à arriver à cet état. En France, on voit des gens malheureux alors qu’ils ont tant de choses. Ici, il y a une joie de vivre.»

    Sans la reconnaissance publique, l’artiste a du mal à exister ?

    Le mot reconnaissance me dérange. Disons que j’accepte le regard des autres parce que j’ai décidé de vivre de ma peinture. Mais j’avoue que j’aime voir comment les gens s’approprient d’un tableau quand ils l’aiment. Ils y voient des choses. Je cours après cet instant finalement. C’est égoïste je sais…Mais c’est ainsi. Le bonheur serait je crois d’arriver à être satisfait de ce qu’on est, de ce qu’on a. D’avoir le moins de désirs possibles afin de ne pas être dans la frustration.

    Une vie sans désirs, cela peut se concevoir ?

    Ce n’est pas facile. Mais je ne sais pas si c’est vraiment nécessaire pour être heureux. Apprendre à se contenter de peu.

    “Je ne peux même pas tomber du lit, je dors par terre”, disait Gandhi…

    (Rires) Cela correspond bien à ce que je cherche. Avoir des envies, c’est être perpétuellement en attente. C’est du temps perdu à ne pas profiter d’autre chose. Et j’ai appris à Maurice ce que c’était que de vivre pleinement le moment présent et de se contenter de ce qu’on a. Je sais pourquoi je suis venue à Maurice. J’y ressens des choses extrêmement fortes.

    Maurice est-elle déjà dans votre peinture ?

    Oui. Dès que je suis arrivée, elle est entrée dans ma peinture. C’est une série qui s’appelle soleil vert. C’est pur, c’est doux, c’est serein. Il y a du vert et du soleil. C’est radical.


    - Alain GORDON-GENTIL -


Revue de Presse

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  • LAETITIA LOR : Deux temps, trois mouvements

    Tout dans le mouvement. C’est là le fondement de l’art abstrait que pratique la Française Laetitia Lor.

    Vous ressortez de là avec une sorte de malaise. Comme si une spirale s’était mise à tourner quelque part du côté de l’estomac. Et curieusement, il vous a été difficile de revenir. Difficile de détacher vos yeux des plaies béantes que Laetitia Lor a ouvertes sur la toile. Et vous repartez un peu penaud, sans trop savoir quoi penser.

    Elle, égale à elle-même, totalement dans son personnage aux mystères bien gardé, est consciente des réactions que suscitent ses tableaux. Soit on est interpellé, on s’arrête, voir plus si affinité. Soit c’est le repoussoir assuré, l’aversion instantané. Nous dirons que l’un n’exclut pas irrémédiablement l’autre. Que l’un peut suivre l’autre. Dans un ordre que nous ne maîtrisons pas toujours.

    Peintures de voyages

    Originaire d’Auvergne, avec sous ses souliers de la terre d’Australie, des poussières d’Afrique du Sud et de la Réunion, Laetitia Lor propose trois séries (or, organique et paysages), qui se réclament de la théorie surréaliste de l’automatisme. Nous ouvrant ainsi les portes de l’instinct, du mécanique, de la mathématique du mouvement. Car qu’est-ce que cet amoncellement de lignes, ces formes comme éparpillées dans tous les sens, jetées sur la toile au hasard des impulsions, que propose Laetitia Lor, sinon une séquence de gestes ?

    Qu’elle explique en ces termes : “Chaque réalisation suit la même procédure : le gros oeuvre, la sculpture du plâtre à la spatule d’ouvrier pour finir par le couteau à peindre.”

    Expérience physique menée avec des pigments, des vernis, de la résine de bateau, “à l’odeur plus que nauséabonde qui rend laborieuse l’exécution, me plongeant toute entière dans l’univers des matières”.

    Libre alors aux regards des autres d’y voir des cohérences, quand ce n’est pas carrément des paysages ; des projections de notre réalité. Laetitia Lor qui jusque là partait du mouvement, pour éventuellement arriver à nos paysages a voulu cette fois faire le chemin inverse.

    N’exagérons pas. Pas une transcription de la réalité. Non. Loin de là. N’allez surtout pas chercher dans ses tableaux une quelconque volonté de faire du figuratif. Bien que, comme elle le dit, elle y reviendra un jour.

    Cherchez plutôt le détail. Le mouvement qui a tracé les lignes parfois pures et fines, parfois enroulées, emmêlées, torturées même, pour construire votre propre voyage. Choisissez face aux “ Fissures ”, à la coulée de lave de l’“Ile volcanique”, de voir des vilaines blessures couchées sur la toile. Pour les guérir ? Laetitia Lor affirme : “Les séries correspondent à des périodes de vie”.

    Elle même en a connu plusieurs depuis l’époque où elle était “ incapable de vendre ses toiles, parce que c’était un travail trop intime”. Parce qu’elle était trop “attachée” aux pièces et, elle l’avoue, “pas capable d’assumer la critique, ce qui remettait en question mon univers”. Depuis, Laetita a appris la distanciation. Avec difficulté. Creusant à la petite cuillère la tranchée entre le travail et le moi. Apprenant à repousser consciemment l’influence de la critique sur son travail. Pour ne pas le modifier. Pour trouver l’apaisement.

    Petite piste : chaque tableau a sa partie “mouillée”. Sa partie à l’aspect de peinture fraîche, pas encore séchée sur la toile. La marque de fabrique de Laetitia Lor. Tout comme sa recherche de l’équilibre entre les parties vides et les parties sculptées.


    - Aline GROEME HARMON -

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  • Laëtitia Lor : Intimité… audace lumineuse

    Un regard d'artiste sur le monde, une inquiétante intimité, le flamboiement du désir, la matière qui s'anime, une vocation de peintre révélée dès l'adolescence. Laëtitia Lor figure autant les tensions que la sérénité. Des plans en perspective, en diagonale, débordants, restituent les sensations éprouvées par l'artiste. Toiles en série: Or, Organique, Paysages. L'inventaire des 24 toiles met à jour une œuvre source de dévoilements et d'étonnements.

    L'émotion spontanée, la lumière intérieure semblent être les conditions premières de la liberté créatrice de cette jeune femme de 27 ans. Laëtitia Lor, originaire et dont l'imaginaire a vagabondé en France, Afrique du Sud, Australie, à la Réunion, parvient, après ce chemin de vie, à un travail sur la matière qui engage tout son être. Bien des tons et des textures qu'elle utilise font penser à des paysages réceptacles de la mémoire.

    Les différentes périodes de son œuvre ont été nourries d'une confrontation entre la réflexion froide et l'intuition chaleureuse, entre le concept élaboré et l'émotion spontanée. Cette ambivalence est son moteur. L'artiste joue sans cesse, dans ses récentes œuvres, sur l'opposition plein/vide, mate/brillant (gris/ocre), diagonal/débordement. Ce principe défie toute approche réductrice d'une œuvre née de tensions opposées.

    Avec Laëtitia Lor, la matière s'anime. Les surfaces mates ou luisantes, travaillées en aplat, vibrent de traces, de motifs, d'impacts provoqués par la nature, les accidents et les apparitions qui surgissent sur la matière employée.

    L'œuvre est source d'étonnements. Significative est, à cet égard, la série or (Morocco). D'autres toiles (Plaine des sables) évoquent la lave en fusion, les coulées, les fissures. Tout ce qui s'écoule de manière irréversible appartient à son nouvel univers poétique. Sa base: des pigments, de la résine. Laëtitia Lor passe à une peinture faite de traits sombres issus du premier geste en opposition à la violence du rouge, à la magie des ocres.

    La mobilité, l'ouverture, la lutte constante entre le domaine de la raison et le sensible dévoilent le sens même de son œuvre.